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AUTOMATISATION & NUMÉRISATION
DE QUOI S'AGIT-IL? TOUS LES TRAVAILLEURS DU TRANSPORT SONT CONCERNÉS DÉFIS POUR L'UBT
DE QUOI S'AGIT-IL? La (r)évolution technologique a pour effet l’automatisation (possible) d’un nombre croissant de processus de travail. Par ailleurs, l’intelligence artificielle et toutes sortes d’algorithmes font que des machines ‘intelligentes’ reprennent certains processus. Qui ne connaît pas l’exemple des poids lourds sans chauffeur ou des magasins entièrement automatisés ? L’automatisation et la numérisation seront dans les prochaines années à l’origine de changements profonds dans le secteur du transport, changements qui concerneront tous les modes de transport, aussi bien dans les ports que dans le transport (routier), les secteurs maritimes, ... Tout le monde sera concerné. Devons-nous nous inquiéter ? Oui ! Devons-nous avoir peur ? Non ... Nous devons prendre nous-mêmes en main notre avenir. La numérisation modifie de manière fondamentale la manière dont l’économie tourne. L’internet et les nombreuses applications sur le net créent de nouveaux modèles économiques, comme l’économie dite de plateforme. L’on parle d’ailleurs fautivement de « l’économie de partage », un terme trompeur. On partage pour ainsi dire tout, sauf les profits. Des groupes du type Uber, Deliveroo, Task Rabbit ... mais aussi des entreprises comme Bringr (partie de Bpost) se présentent comme des entreprises “disruptives” qui bouleversent les relations de travail existantes. Ce genre de pratique s’appelle Ubérisation ... Mais cette fameuse “disruption” va beaucoup plus loin et impacte le dialogue social tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les entreprises dites de plateforme refusent obstinément toute concertation avec les organisations syndicales et mettent tout en oeuvre pour contrecarrer l’action syndicale. Alexander De Croo de l’Open VLD, ministre responsable de l’agenda numérique, déclare même publiquement que la concertation sectorielle est « dépassée » par la vague d’innovation numérique. Il déclare sans ambages : “Nous constatons également que le monde numérique efface les frontières entre les secteurs. Il s’agit d’une évolution importante. Peu d’entreprises restent encore confinées dans les contours d’un seul secteur. La concertation sectorielle n’a plus sa place dans un tel environnement. Elle devrait être menée au niveau des entreprises”. Les nombreux travailleurs des petites entreprises du secteur du transport seront contents de l’entendre. En effet, une chose est sûre : sans accords sectoriels, ils ne seront certainement pas mieux lotis. Ce genre d’idées met l’action syndicale et la concertation sociale devant d’énormes défis. La numérisation et l’automatisation auront des conséquences aussi bien positives que négatives. Conséquences négatives : Rationalisations et pertes d’emplois : des estimations font état de 10 à 40% de pertes d’emplois d’ici 20 ans. Certains emplois vont tout simplement disparaître : certaines sources affirment que 50 % des emplois actuels n’existeront plus dans 20 ans. Le professeur en sciences économiques Maarten Goos de la KU Leuven est très pessimiste pour la Belgique. Au cours des 20 prochaines années, les ordinateurs et les robots entraîneraient la disparition de plus de 1,4 millions d’emplois en Flandre. Pour certaines fonctions, plus de neuf emplois sur dix disparaîtraient. Il pense notamment aux employés de magasin, aux comptables et aux télévendeurs. Selon lui, le métier de chauffeur de camion figure également dans la liste des « emplois en passe de disparaître ». La Banque mondiale cite également le transport comme un des secteurs fortement exposés aux conséquences de l’automatisation et de la numérisation. Il ne faut pas non plus sous-estimer les conséquences psychosociales pour les travailleurs : le stress d’être « vécus », le fait d’être joignable en permanence par e-mail, etc. Les problèmes de vie privée liés aux ‘mégadonnées’ : Facebook, Twitter, Uber et Airbnb en savent plus sur nous que nous le croyons... Mais aussi notre employeur en sait plus que par le passé grâce à nos comptes Facebook, nos pages Twitter, Instagram ... L’ubérisation de l’économie fait planer des menaces sur le travail salarié. Les mini-jobs, les (faux) indépendants, les revenus d’appoint connaissent une montée en puissance. Conséquences positives : D’autres relativisent les pertes d’emplois. Un responsable de Maersk déclarait en 2017 à l’occasion d’une conférence de l’ITF au Cap que le coût salarial est trop marginal pour “automatiser”. La compagnie garderait donc les équipages à bord de ses navires. De nouveaux emplois pourraient voir le jour. Aujourd’hui, le conducteur d’une grue prend place sur l’engin même, et le marqueur travaille encore dessous la grue, demain ils travailleront « à distance » à partir d’une salle de contrôle. L’automatisation pourra alléger le travail lourd, fatiguant et physiquement pénible. Les automates reprendront le travail monotone. Le travail présentant des risques de sécurité sera automatisé. Le degré de qualification des travailleurs augmentera, du moins si on leur donne l’occasion d’une ‘formation sur le tas’.
TOUS LES TRAVAILLEURS DU TRANSPORT SONT CONCERNÉS Nos travailleurs portuaires savent qu’ils seront éga-lement confrontés à l’automatisation et la numérisa-tion dans les docks. Mais à l’opposé des Pays-Bas, les ports belges ont été encore relativement épargnés du phénomène et ils ne connaissent pas encore de « terminaux fantômes ». Qui plus est, l’emploi dans les ports belges a continué à croître ces dernières années ! Les “embauches” dans le port d’Anvers (le fameux “kot”) sont, elles, déjà entrées dans l’ère numérique, elles sont entièrement numérisées. Nous savons aussi que la reconnaissance optique des caractères (ROC) des conteneurs fait fureur et que des grues télécommandées circulent déjà dans d’autres ports (Singapore notamment). Le conducteur ne se trouve plus dans la grue mais dans une salle de contrôle où il se sert d’une ‘manette de jeu’ pour commander l’engin. Reste à savoir si cette manette de jeu lui procure plus de plaisir au travail ? Dans la marine marchande, les premiers navires autonomes sont déjà une réalité. En août 2018, le port d’Anvers a fait connaissance avec les premiers bateaux électriques et aussi bien aux Pays-Bas qu’en Belgique, de nombreux projets pilotes de navires autonomes voient le jour.Dans le transport routier, il est question de taxis sans chauffeur ainsi que de camions et de bus au-tonomes. Mais il est fort peu probable que le facteur humain disparaitra à court terme. Selon Arjan van Halem, auteur d’une étude à la demande de l’ETF, on n’est pas près de rencontrer sous peu des camions sans chauffeur sur l’E17. En revanche, le ‘platooning’, c’est-à-dire des camions roulant en convoi, pourrait faire assez rapidement son apparition. Mais avec un chauffeur à bord. Le chauffeur exercera un autre type de travail et disposera d’autres compétences. Le travail logistique est déjà fortement automatisé aujourd’hui. La préparation de commandes numérique existe déjà par le biais de la reconnaissance vocale, de lunettes intelligentes ou d’autres merveilles techniques. Chez Amazon, les préparateurs de commande reçoivent un bracelet qui se met à vibrer lorsqu’ils doivent effectuer une tâche déterminée. Les travailleurs occupés dans un centre de tri de DHL connaissent déjà l’énorme impact de la numérisation. Les colis sont en permanence tracés et suivis. Et les bagagistes sur les aéroports ont également fait l’expérience de la numérisation dans le secteur.
DÉFIS POUR L'UBT Il est de notre devoir d’être proactifs et de faire face aux changements dans le secteur, tant dans l’intérêt de nos membres que pour la consolidation de notre action syndicale. C’est la raison pour laquelle nous voulons peser sur ces évolutions en élaborant nous-mêmes des propositions et en oeuvrant pour leur réalisation.

Innovation

 

Les innovations doivent aller de pair avec le dialogue social et la conclusion d’accords clairs et précis sur ce qui est possible, ce qui ne l’est pas et surtout sur le comment. Et ce toujours dans le cadre de la concertation sociale. Les CCT (obligatoires) en matière d’innovation sont aujourd’hui souvent des coquilles vides, à nous de leur donner un contenu substantiel. Car innovation et attitude sociale correcte peuvent aller de pair. Cette concertation doit être organisée à tous les niveaux connus : interprofessionnel, sectoriel et celui de l’entreprise.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • d’inscrire la problématique de l’innovation dans la concertation interprofessionnelle et d’élaborer un accord cadre interprofessionnel sur la manière de discuter des processus innovants avec les travailleurs, aussi bien au niveau sectoriel qu’au niveau des entreprises ;

 

  • de conclure des CCT en matière d’innovation dans chaque (sous)secteur du secteur du transport ;

 

  • de conclure des accords sur les efforts à consentir au niveau sectoriel pour encadrer l’innovation. Des fonds sectoriels pourraient jouer un rôle au niveau de la recherche, de la formation, de l’ergonomie, …

 

 

Formation des travailleurs

 

La formation des travailleurs sera le grand défi de demain. Les emplois évoluent et celui qui ne suit pas ne pourra pas continuer à exercer sa fonction. C’est pourquoi nous poserons des revendications plus offensives en matière de formation.

La formation n’est pas une responsabilité individuelle du travailleur ou du demandeur d’emploi. Le coût de la formation ne peut pas être répercuté sans plus sur la collectivité. Les employeurs doivent donc prendre leurs responsabilités. Car il s’agit d’un investissement dans leur propre avenir.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • L’octroi à court terme d’un droit à minimum deux jours de formation par an pour tous les travailleurs du transport. L’objectif à atteindre doit être cinq jours de formation par an pour tous les travailleurs, à remplir au niveau sectoriel.

 

  • Ce droit à la formation doit être inscrit dans l’accord interprofessionnel et traduit dans des CCT sectorielles.

 

  • Le coût de cette formation doit être considéré comme un investissement. Il est à charge de l’employeur, tout comme « la perte de salaire ».

 

  • Il faut conclure dans chaque secteur des CCT garantissant ce droit et mobiliser les moyens financiers nécessaires via des fonds sectoriels gérés par les syndicats et les employeurs.

 

 

Surveillance de la santé et de la sécurité

 

Dans beaucoup d’entreprises, le rythme de travail est déjà très élevé aujourd’hui et les mécanismes de contrôle dans les entreprises logistiques sont fortement développés. L’innovation doit être adapté aux personnes qui y travaillent et ne pas être organisée purement en fonction d’impératifs économiques. Par ailleurs, l’introduction de nouvelles technologies permet un travail plus rapide et plus efficace, ce qui augmente la charge physique et psychosociale qui pèse sur les travailleurs.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • de mener des négociations au niveau des secteurs et des entreprises avant l’introduction effective de nouvelles technologies ;

 

  • d’imposer la conclusion de CCT, y compris au niveau des entreprises, sur la manière d’encadrer l’introduction de nouvelles technologies, notamment sur le timing, les conséquences pour l’emploi, la formation, etc.

Protection de la vie privée des travailleurs

 

La numérisation poussée entraîne un monitorage presque permanent des manipulations des travailleurs. Pensons à la boîte noire dans les camions ou à l’enregistrement de toutes les manipulations dans le processus logistique. La surveillance par caméras dans les ports et sur les lieux de travail devient de plus en plus la norme. Il faudra conclure des accords clairs sur l’utilisation de ces données. Il faudra réglementer aussi bien l’usage de caméras que le screening/la consultation des comptes personnels/privés des travailleurs sur les réseaux sociaux.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • d’inscrire la protection de la vie privée dans le règlement de travail ;
  • de garantir le droit à être hors ligne par des accords clairs négociés au niveau de l’entreprise ;
  • de conclure des CCT sur l’utilisation des données numériques, et sur des procédures strictes et transparentes contrôlables concernant l’utilisation des données numériques dans le cadre de la politique de rémunération ou de sanction.

Surveillance de la qualité des emplois

 

L’innovation, la numérisation et l’automatisation mettent aussi sous pression les conditions de travail. On voit apparaître de plus en plus souvent des emplois ‘instables’ dans le secteur du transport. Dans le secteur logistique, le travail intérimaire est sans conteste devenu la norme. Pour entrer dans les entreprises logistiques, l’intérim est un passage obligé. Aucun travailleur n’est engagé sans avoir travaillé comme intérimaire pendant une période souvent beaucoup trop longue. Non seulement cette période est trop longue, le traitement des travailleurs intérimaires laisse aussi souvent à désirer. Le travail intérimaire est ainsi devenu une procédure de sélection par laquelle seuls les meilleurs obtiennent en bout de course un contrat définitif. Il s’agit d’une course folle dans laquelle la santé et la sécurité du travailleur sont souvent oubliées et le travailleur qui tombe malade – même pendant seulement quelques jours – perd toutes ses chances.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • de limiter la période de travail intérimaire dans le temps, le maximum étant 65 jours ONSS. Les intérimaires doivent avoir la perspective d’un contrat définitif ;

 

  • de limiter le nombre d’intérimaires à un maximum de 5% des effectifs de personnel ;

 

  • de prévoir l’obligation d’une information claire et transparente du CE ;

 

  • d’interdire les agences intérimaires installées dans l’entreprise ;

 

  • de prévoir des fiches de formation pour les travailleurs intérimaires, qui précisent la formation indispensable à l’exercice de la fonction ;

 

  • d’interdire les contrats journaliers successifs.

 

L'UBT compte :

 

  • assurer une meilleure intégration des travailleurs intérimaires dans l’action syndicale ;

 

  • négocier des CCT fermes et solides à tous les niveaux (secteurs, entreprises, …).

Assurer le financement de la sécurité sociale et redistribuer le travail

 

Les conséquences de l’automatisation et de la numérisation pour le financement de la sécurité sociale et pour les impôts ne seront pas des moindres : les robots ne paient pas d’impôts ni ne cotisent à la sécurité sociale. Le « bénéfice » de ces procédés va dans les poches des actionnaires tandis que les pouvoirs publics et la sécurité sociale restent les mains vides.

 

De plus, les entreprises mettent de plus en plus souvent sur pied des montages financiers pour ne pas payer d’impôts ou en payer le moins possible. Les Panama et les Bahamas Papers en fournissent la énième preuve. Il y a d’ailleurs des Etats membres européens qui favorisent ces pratiques. Ce n’est pas un hasard si Uber et Ikea ont leur quartier général (lisez instrument fiscal) aux Pays-Bas.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • de taxer les robots via la fiscalité ;

 

  • de taxer les “mégadonnées ”. Ceux qui organisent ces méga banques de données pour gagner beaucoup d’argent doivent payer une contribution aux finances publiques ;

 

  • de rendre obligatoire le paiement de l’impôt dans le pays d’activité. Celui qui est actif en Belgique doit payer ses impôts en Belgique.

L'économie de platforme doit respecter les règles générales

 

Aujourd’hui, cette fameuse “disruption” est souvent synonyme de non-respect de la législation sociale (cf. Uber), des normes de sécurité (cf. Deliveroo) et d’impôts éludés (idem)... Des entreprises ‘in’ et surtout ‘smart’ se présentent comme innovantes mais refusent de respecter la législation du travail et la réglementation sociale, trop rigides à leurs yeux. Le monde politique réagit à l’apparition des plateformes en réécrivant la législation existante à leur mesure, créant ainsi des statuts précaires qui ont pour seul effet de mettre en cause le statut des travailleurs.

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • le respect de la législation du travail existante, y compris par l’économie de plateforme ;
  • de refuser un troisième statut ou un statut spécial pour l’économie dite de plateforme.

 

L'UBT compte :

 

  • organiser les (faux) indépendants occupés dans l’économie de plateforme et développer un service et une défense appropriés ;

 

  • lancer cette initiative prioritairement dans le secteur des taxis et celui des coursiers (à vélo).

Redistribuer le travail disponible

 

Tous les économistes ou presque s’accordent à dire que la numérisation et l’automatisation auront un impact sur le volume de l’emploi. Sachant qu’il y aura moins d’emplois à l’avenir et si nous voulons continuer à impliquer la population à la vie économique afin de leur garantir un pouvoir d’achat suffisant, nous devons oser réfléchir à une réduction de la durée du travail.

Même Hal Varian, chef économie chez Google, trouve qu’il s’agit d’une évolution logique : “Nous avons aussi tendance à oublier que nous travaillons tous moins d’heures grâce à la technologie et à l’accroissement de la productivité. Il y a deux siècles, les gens travaillaient 70 heures par semaine dans les champs. Aujourd’hui, aux Etats Unis, nous avons la semaine de 37 heures. Il est fort probable que la semaine de travail se raccourcira encore à la suite de l’augmentation de la productivité.”

Osons-nous reprendre l’idée de la réduction collective de la durée du travail comme le fait aujourd’hui l’IG Metal en Allemagne ? Osons-nous revendiquer des semaines de travail plus courtes ? IG Metal plaide pour la semaine de 28 heures !!!

 

 

 

 

L'UBT propose :

 

  • une réduction collective de la durée du travail en réponse à la diminution du volume de l’emploi et à l’accroissement de la productivité ;

 

  • de négocier la réduction de la durée du travail à tous les niveaux possibles : interprofessionnel, sectoriel et entreprises.
www.UBT-fgtb.be